L’avenir de la Sorbonne Nouvelle

 

Dans les périodes de transformation rapide, les modèles d’autrefois perdent de leur pertinence, sans pour autant que de nouveaux puissent aisément être mis en place. Le corps social est alors soumis à de vives tensions : l’élan vers l’avenir est empêtré dans le fatras d’habitudes et de préjugés propres à ce qui fut. C’est ainsi que pour construire l’université du XXIe siècle en France des réformes ont été conçues en termes de restructuration pouvant conduire à vouloir imposer des modèles massifiés et pyramidaux d’un autre âge. Il existe pourtant d’autres possibles et c’est dans cette perspective que se situe notre engagement.

De nos jours, les organisations qui préparent avec clairvoyance leur avenir cherchent à être plus souples et plus innovantes en privilégiant la responsabilisation, l’ouverture et la proximité du terrain : ne surtout pas constituer d’immenses pyramides bureaucratiques. Une grosse université n’est pas nécessairement une grande université. L’examen du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche sur une échelle internationale fait apparaître que ce ne sont pas les regroupements massifs ni la taille qui font la réussite : une identité forte, des domaines de pointe reconnus et la cohérence sont les facteurs essentiels qui fondent l’attractivité des universités de référence.

Alors que la crainte de l’isolement et du repli sur soi a pu s’alimenter de l’argument réduisant le choix à la fausse alternative entre fusion et déclin, la visée est tout au contraire d’affirmer une grande ambition pour la Sorbonne Nouvelle. Fonder les décisions essentielles pour l’avenir de notre université sur l’effectivité des résultats en matière de qualité de la formation et de la recherche permettra de mettre en évidence la pertinence d’un autre modèle d’organisation, déconcentré et fonctionnant en réseaux, avec les effets qui en résultent sur le rayonnement, la visibilité et la reconnaissance internationale.

Il importe en effet de sortir d’un paradigme bureaucratique qui a tant nui et de constituer un réseau d’universités et d’établissements engagés dans une même culture de la coopération, qui serait un facilitateur d’initiatives, d’innovations et de projets. La situation présente offre en effet la possibilité de penser plus large, de penser autrement.
Au lieu d’une surcouche bureaucratique qui n’a de cesse d’imposer ses exigences en dévitalisant les instances qu’elle surplombe, il faut une autre politique et une organisation renouvelée, pleinement au service des UFR, des composantes, des unités de recherche et des équipes administratives. Une telle orientation, si salutaire, requiert de rompre avec les obsessions bureaucratiques de quelques-uns, de privilégier les fonctionnements transversaux, de mettre à l’honneur une culture de la coopération, de rétablir la primauté des valeurs académiques et des finalités de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Après une longue et affligeante période de déambulation subie par notre université, sa communauté académique est dans le malaise : un sentiment de grand gâchis, avec beaucoup d’incertitude et une amère inquiétude, surtout lorsque chacun peut constater l’ampleur des dysfonctionnalités. Mais les constats affligés participent d’une désespérance qui englue notre université alors qu’elle a tant besoin d’un nouveau départ, de regarder vers de nouveaux horizons, d’agir pour préparer son avenir. Dans un contexte marqué par les exigences accrues qui pèsent sur les institutions universitaires, il importe que la Sorbonne Nouvelle réaffirme un engagement résolu au service de ses missions, dans le respect de ses valeurs fondatrices. Face aux difficultés, elle doit savoir utiliser les défis comme des leviers pour contribuer à son développement et à sa réussite.

C’est un grand chantier qui s’ouvre pour une nouvelle Sorbonne Nouvelle authentiquement orientée vers le progrès.